Kourou, le rêve américain de Choiseul

Kourou, le rêve américain de Choiseul


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  • Vue de la Nouvelle Cayenne.

  • Paysage colonial - Offrande au gouverneur Turgot.

    ANONYME

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Titre : Vue de la Nouvelle Cayenne.

Auteur :

Date de création : 1762

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 32,4 - Largeur 49,4

Technique et autres indications : Estampe coloriée, taille douce, vergé.Site de production : Imprimerie BeauvaisLe débarquement des François pour l'établissement de la nouvelle colonie, dans le port de Cayenne ou la France équinoxiale

Lieu de Conservation : MuCEM site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais (MuCEM) / Jean-Gilles Berizzisite web

Référence de l'image : 03-012047 / inv.43.16.198D

Vue de la Nouvelle Cayenne.

© Photo RMN-Grand Palais (MuCEM) / Jean-Gilles Berizzi

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Titre : Paysage colonial - Offrande au gouverneur Turgot.

Auteur : ANONYME ( - )

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 70 - Largeur 90

Technique et autres indications : Huile sur toile.

Lieu de Conservation : Musée du Quai Branly - Jacques Chirac site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudetsite web

Référence de l'image : 94-050829 / 75.10042

Paysage colonial - Offrande au gouverneur Turgot.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Date de publication : février 2013

Contexte historique

Kourou, ou la revanche contre les Anglais

En 1763, les Français perdent la guerre de Sept Ans (1756-1763), une première guerre mondiale puisque les opérations militaires ont lieu non seulement en Europe, mais aussi dans les colonies d’Amérique et en Inde. Le traité de Paris qui est signé le 10 février 1763 consacre ainsi la victoire de l’Angleterre. En France, certains pensent à l’instar de Voltaire que le Canada ne représente que « quelques arpents de neige ».

En 1763 est donc lancée l’expédition de Kourou, revanche qui se veut magistrale d’une colonie de peuplement, sans esclavage, et comptant autant de colons que New York d’habitants.

Parce que cette expédition se veut une revanche politique, elle fait l’objet de nombreuses gravures et d’un tableau destiné à en montrer le succès (aujourd’hui conservé au musée d’Aquitaine à Bordeaux). Les multiples estampes coloriées produites pour l’occasion présentent un même thème : un débarquement idéal. Les images sont produites en France, par des artistes à qui il manque une description précise des lieux et du déroulement de ce débarquement.

L’huile sur toile, de belles dimensions, est en revanche le seul tableau connu qui mette en scène le gouverneur de l’expédition, le chevalier Turgot surnommé « Le Borgne », frère aîné de l’intendant du Limousin, et dont le séjour à Cayenne n’excède pas quelques mois. Le terme « offrande » est intéressant pour marquer un contexte colonial.

L’enjeu est donc une production politique, tant pour les élites françaises, comme une publicité à la décision prise, que pour les Anglais qui ont ici une idée précise de la réponse que le gouvernement français tente d’apporter au fiasco de la guerre de Sept Ans. Est-ce une volonté du pouvoir ?

Analyse des images

Réalité ?

Ces images n’ont cependant que peu de rapport avec la réalité.
En ce qui concerne la gravure, les vêtements ne sont pas tout à fait ceux que l’on porte aux colonies. Ils sont particulièrement mal adaptés au climat équatorial qui est celui de Cayenne. Ensuite, il n’existe ni rives ni cours d’eau que l’on pourrait représenter ainsi. Près de l’embouchure de l’Amazone, les eaux sont de couleur marron à cause de la forte décomposition végétale ; quant à la rivière Kourou, elle se jette franchement dans l’océan Atlantique. Enfin, en raison de la faible profondeur de l’eau, les navires doivent mouiller au large de Kourou, aux îles du Diable (elles ne deviennent îles du Salut qu’après l’expédition).

Le tableau peint à l’occasion de l’expédition est en revanche plus réaliste. En effet, il représente l’arrivée à Cayenne du gouverneur Étienne-François Turgot (plus d’un an après l’intendant dans les faits). On distingue nettement sur la gauche l’église des jésuites, à l’arrière-plan le « palais » de la congrégation et, quasi perpendiculaire sur la droite, l’hôtel du gouverneur. De même sont bien représentés les fossés d’une ville dont les fortifications ont été dessinées par Vauban.
Plus étonnante, cette croix qui s’élève à l’arrière-plan, alors que Choiseul vient de prononcer l’expulsion des jésuites du royaume (1763). Là aussi, on peut s’interroger sur les intentions de l’artiste quant à l’importance politique d’un gouverneur dans cette colonie, et la réalité d’une ville, Cayenne, qui n’en est pas le siège (il se trouve à Kourou, à trente kilomètres au nord) et symbolise au contraire toutes les imperfections des colonies (corruption, vice, esclavage) que le gouverneur a voulu éviter. Là aussi se pose la question des conditions de production de ce tableau.

Ces images rendent peu compte des événements qu’elles évoquent. Le débarquement a eu lieu à la saison des pluies, dans la précipitation et la désorganisation. Turgot, arrivé plus d’un an après (décembre 1764), est envoyé sur place par le duc de Choiseul qui, alarmé par les lettres de l’intendant, entend comprendre ce qui se passe et sauver ce qui peut l’être. Or c’est une terrible épidémie qui sévit à Cayenne et dans toute la Guyane à cette époque-là. S’ensuit le risque d’une affaire d’État pour le pouvoir en place, en particulier pour Choiseul, dont la position est menacée.

Interprétation

La propagande de Kourou

L’expédition de Kourou fut un des événements importants de la fin du règne de Louis XV. Les suites judiciaires de l’entreprise, dont le bras de fer entre le parlement et le roi témoigne, interviennent dans un contexte de reprise en main du pouvoir (discours de flagellation de 1766). Seules la dissolution des parlements et la mort de la reine freinent ce qui commence d’être une « affaire » en 1768. Kourou conserve alors une symbolique importante pendant soixante-dix ans.

Sous la Révolution française, on y déporte des prêtres réfractaires, des hommes politiques comme Collot d’Herbois, qui croisent les derniers survivants et perpétuent leur histoire. En 1840 lorsque l’on réfléchit à l’ouverture de bagnes en Guyane, l’histoire de Kourou ressurgit. Il faut alors réécrire ce fiasco politique afin que la déportation n’apparaisse pas comme une condamnation à mort. De fait, Kourou souffrira de ce passé et de l’imaginaire collectif qui y est associé. En réalité, il s’agissait d’une vaste entreprise qui marquait une première pour le gouvernement, une projection « impériale » et une maîtrise géopolitique d’un territoire.

  • monarchie absolue
  • histoire coloniale
  • Louis XV
  • guerre de Sept Ans (1756-1763)
  • expédition

Bibliographie

· Marion GODFROY, Kourou 1763. Le dernier rêve de l’Amérique française, Paris, Vendémiaire, 2011.

· Marion GODFROY, « La guerre de Sept Ans et ses conséquences atlantiques : Kourou ou l’invention d’un nouveau système colonial », in French Historical Studies, n° 32-2009.

· Marion GODFROY, « Passengers to the West – de Coblenz à Kourou : recrutements et stratégies d’une migration transcontinentale et transatlantique en 1763 », in Annales de démographie historique, à paraître.

· Pierre-Étienne BOURGEOIS DE BOYNES, Journal 1765-1766 inédit. Suivi du mémoire remis par le duc de Choiseul, Paris, Honoré Champion, 2008.

Pour citer cet article

Marion GODFROY, « Kourou, le rêve américain de Choiseul »


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